Il y a 50 ans : « Mai 68 », la guerre du Viêt-Nam… et maintenant ?


28 Feb
28Feb

Il y a des cycles dans l’Histoire. Le 1er mai 1886, les ouvriers des usines Mc Cormick se lèvent à Chicago, la révolte est fortement réprimée. En mémoire des Martyrs de Chicago, la date du 1er mai est définitivement retenue par l’Internationale ouvrière comme journée d’action. Cette date a d’ailleurs des racines celtiques plus anciennes (Beltaine ; Beltan, Kala-Mae en Bretagne) et une symbolique sociale depuis la nuit des temps. Le 1ermai 1891, les travailleurs en grève de Fourmies en France sont réprimés dans le sang. Arrive le drame social de 1914-1918, où paradoxalement la guerre efface toute revendication dans une boucherie sans nom. Puis, il y a 1936 et le Front Populaire, les congés payés, les nationalisations, la réforme bancaire, le concept d’office interprofessionnel… L’apparition du bloc de l’Est, soviétique, socialiste… peu importe l’expression préférée, d’un côté ; le bloc occidental, capitaliste, colonial… de l’autre. En 1939 éclate la Seconde Guerre mondiale et la sortie du conflit armé se traduit en une Guerre Froide qui – malgré les périodes de détente et les divorces aboutissant sur des Etats indépendants – continue d’alimenter les idéologies et d’expliquer la géopolitique internationale.

La décolonisation politique puis la colonisation sous visage économique sont directement dictées par l’adversité des deux camps. Chacun voit le monde à travers son prisme, ses organes de propagande, sa vision de la liberté.

 

Un « modèle occidental » vacillant

 

De ces idéologies sont inspirés deux événements majeurs de l’Histoire du XXème siècle, qui fêtent actuellement leur cinquantenaire : Mai 68 et la Guerre du Viêt-Nam. Le premier est un mouvement étudiant apparu tout d’abord en Bretagne, à Nantes, dès février 1968, avant de devenir ouvrier et de se généraliser. Le fait qu’il soit né en Bretagne n’est pas anodin car il est le plus marquant d’une série de mouvements étudiants où Nantes et Rennes sont automatiquement les fers de lance. Les revendications se succèdent mais ne profitent pas forcément aux initiateurs. Après les Trente Glorieuses, la situation économique se dégrade, la jeunesse veut faire une croix sur une société autoritaire, pleine de tabous, une société de consommation laissant des millions de personnes sur le carreau. Nous évoluons dans un univers compétitif où écraser l’autre devient symbole de réussite. Nos agriculteurs, oubliés du registre des mouvements sociaux, peuvent pourtant en témoigner plus aisément que tout autre profession. L’écho des revendications de Mai 68 dans le monde ouvrier se traduit rapidement par une grève quasi-générale, tant le désir d’insubordination était déjà latent face aux bas salaires, à l’autoritarisme patronal… Un vent de révolte et une soif de changement soufflent alors sur l’Occident. Par contradiction mais aussi par conceptualisation des doctrines socialistes, les idées « de l’Est » gagnent l’Europe et les Etats unis. Les gouvernements et de puissants lobbies économiques voient leur pouvoir et leurs intérêts vaciller. En face, il en va de même après tout : les régimes soviétiques tentent d’empêcher l’infiltration de principes occidentaux, notamment celui de la finance, qui pourrait séduire la jeunesse. Chacun défend sa vision de la Liberté… En réalité, des millions de morts directs ou indirects dans les deux camps, au nom d’un dogme, « une vérité » jetée à la face du peuple. La particularité de la guerre du Viêt-Nam est d’être un écho direct des guerres de décolonisation, directement liée à la Guerre d’Indochine menée par une France accrochée à ses conquêtes, avant d’entrer dans une autre phase : une guerre idéologique où le peuple est scindé en deux camps puis sacrifié sur l’autel d’intérêts économiques et dogmatiques.

Tout le monde y perdra des plumes. La toute-puissance américaine est désorientée, sa jeunesse écorchée vive, rêvant d’un autre monde, ne voulant plus porter la responsabilité des épandages aériens de l’agent orange et d’autres atrocités menées au nom d’une trouble raison d’Etat. Rien de bien nouveau, hélas… Notons que de la Révolution française aux guerres napoléoniennes jusqu’aux conflits actuels, les raisons de mettre de vastes territoires à feu et à sang au nom d’une quelconque raison d’Etat furent maintes fois employées. En outre, si chaque peuple colonisé choisit un camp, celui de l’idéologie adverse dans l’espoir de recouvrer sa souveraineté, aucun des deux blocs ne fut un exemple de respect du droit à l’autodétermination. Parlez de nos jours aux Etats européens ou à la Russie de respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, celui des minorités ethniques qu’ils ont conquises… Autant demander aux Turcs de proclamer l’Etat kurde.

 

Une nouvelle croisade ou une nouvelle ère

 

Un autre fait, tantôt mis en sourdine, tantôt majeur, remporte à nouveau la bataille des foules : la religion. Elle s’est invitée dans la géopolitique mondiale. Après des siècles de domination chrétienne, une trêve partielle de deux cents ans, l’Islam s’est invité dans la partie. Assimilable à des siècles de règne de la Chrétienté médiévale, c’est le troisième dogme politico-religieux dans l’échiquier mondial. Cette fois, le programme est bien écrit. Le Coran est plus politique que la Bible par le projet de société qu’il expose. Trois dogmes aux velléités impérialistes s’opposent, avec leurs hérauts, leurs symboles et… leurs fanatiques. Car, de l’adulation de personnages, qu’ils soient réels ou légendaires, au fanatisme, le pas est vite franchi.

 

Tous les éléments sont désormais réunis pour enclancher un nouveau cycle de mouvements populaires, de réformes avant d’asseoir les bases d’une autre société. Encore faut-il être clairvoyant pour éviter la guerre.

Comme en 1968, nous sommes en face de gouvernements d’Etats européens qui peinent à trouver une légitimité. L’affairisme et la corruption de la classe politique a largement émoussé la confiance des électeurs. La société de consommation aveuglante et l’abrutissement des foules sur fond d« austérité », de fait très paradoxale, s’apparentent à la situation d’avant 68 lorsqu’une minorité plus ou moins éclairée s’apprêtait à faire basculer la donne. L’autoritarisme d’Etat étant aussi bien présent, un gouvernement faisant passer des ordonnances en force, contribuera à faire tomber le système. De plus, au même titre que dans les années 60, le monde est usé par les guerres. Une différence essentielle entre en jeu et peut précipiter une révolution interne aux Etats : les mouvements migratoires, liés aux guerres et aux situations économiques arbitrées par les deux blocs historiques, inquiètent. En parallèle, le continent Africain étendu au Moyen-Orient cherche sa place. Ce qui n’apparaissait pas clairement à la décolonisation ; l’idéologie communiste et révolutionnaire remportant l’adhésion des peuples en lutte.

 

Faire le choix de la Paix

 

Il convient de savoir où l’on va désormais et de choisir des orientations. C’est là que les nationalismes entrent en jeu. Terme galvaudé, souvent mal perçu, il n’en est pas moins un espoir s’il n’est pas hégémonique. Et, à l’échelle de l’Ecosse, de la Catalogne, du Pays de Galles, de la Flandre, de la Corse… ce serait un nouveau Printemps des peuples germant sur les vestiges de l’hégémonisme. Certains diront sur les cendres des impérialismes mais ça semble aller un peu vite en besogne.

Nous avons connu la décolonisation politique des autres continents ; est désormais venu le temps des émancipations internes à l’Europe. Une Europe qui a perdu ses identités, son identité, au profit d’un vaste ensemble économique hors-sol au sein duquel le peuple ne s’y retrouve pas. Le retour à des communautés humaines historiques, partageant des valeurs et un destin commun est vital. L’être humain est fait comme cela et lorsqu’il s’en détache, il plonge dans des repères artificiels et radicaux. Nous le voyons dans les banlieues où les communautés se croisent et tentent de retrouver une identité commune, parfois dans la rancœur du pays qui les reçoit et les a occupés.

Les nations providences ne sont pas le fruit de fumeuses théories, d’un doux rêve d’un monde stabilisé. Elles sont bel et bien là, rendant ses habitants fiers, prospères et culturellement riches. Les « Etats-nations » (qui n’en sont pas à l’origine) le savent puisque leur répression est de plus en plus frontale et les réquisitions centralistes éhontées de plus en plus vastes. On le voit dans la fusion des régions, la baisse des dotations mais aussi dans la coalition se formant contre les dirigeants catalans, élus pourtant démocratiquement en dépit de l’omnipotence de la propagande opposée.

Ainsi, du nord au sud, les nations originelles émergent, recouvrent leurs droits, non sans peine. Les nations de l’Est se sont émancipées du bloc soviétique, l’Ouest s’émancipera du diktat occidental et des intégrismes.

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