29 Sep
29Sep

Le niveau scolaire en Euskadi* : ce que montre réellement PISA 2025

* Communauté autonome basque, environ le tiers d'Euskal Herria / Pays Basque, en jaune sur la carte.


  Longtemps performant, le système éducatif basque connaît aujourd'hui un recul spectaculaire de ses résultats. Le dernier rapport international PISA 2025, publié en septembre 2026 par l'OCDE, fait apparaître une forte dégradation des résultats des élèves de 15 ans en Euskadi. La baisse concerne les trois compétences évaluées : compréhension de l'écrit, sciences et mathématiques. Elle s'inscrit dans un recul général observé en Espagne et dans l'ensemble de l'OCDE, mais elle est particulièrement marquée en Euskadi en compréhension écrite.


Les résultats de PISA 2025

DomaineEuskadiEspagneUnion européenneOCDE
Sciences459477481482
Compréhension de l'écrit419451459461
Mathématiques460457463463

  Les résultats sont donc inférieurs aux moyennes européennes et de l'OCDE en sciences et en lecture. En mathématiques, l'Euskadi se situe légèrement au-dessus de l'Espagne, mais reste en dessous des moyennes européenne et de l'OCDE.


Une chute particulièrement forte en lecture


  La compréhension de l'écrit constitue le principal point d'alerte. L'Euskadi obtient 419 points, contre 466 en 2022 et 491 en 2018, soit une perte de 47 points en trois ans et de 72 points en huit ans. Il s'agit du plus mauvais résultat enregistré par la Communauté autonome basque depuis sa participation à PISA. À l'échelle des communautés autonomes espagnoles, cette partie du Pays basque ne devance en lecture que Ceuta et Melilla. Les sciences connaissent également un recul important : 459 points en 2025 contre 480 en 2022 et 483 en 2018. En mathématiques, l'Euskadi passe de 482 points en 2022 à 460 en 2025. C'est le seul domaine dans lequel Communauté autonome basque reste légèrement au-dessus de la moyenne espagnole, mais il se situe désormais sous les moyennes européenne et de l'OCDE.


La dégringolade :

AnnéeLectureMathématiquesSciences
2012498505506
2015491492483
2018491499480
2022466482480
2025419460459


Un recul qui doit toutefois être replacé dans un contexte général


  La baisse basque ne constitue pas un phénomène isolé. L'Espagne et l'OCDE enregistrent elles aussi un recul important entre les deux dernières éditions de PISA. Mais l'ampleur de la baisse en Euskadi, notamment en lecture, est supérieure à celle observée dans de nombreux autres territoires. Le Gouvernement basque reconnaît lui-même que les résultats montrent une perte de niveau d'apprentissage et a annoncé de nouvelles mesures, avec une priorité donnée à la compréhension écrite. Il prévoit également de revoir les projets linguistiques des établissements et d'approfondir l'analyse de l'usage pédagogique des outils numériques.


Quelle place pour l'enseignement en basque ?


  La question linguistique mérite une analyse beaucoup plus précise qu'une simple opposition entre « école en basque » et « école en espagnol ». Le modèle D, dans lequel l'enseignement est principalement dispensé en euskara, est aujourd'hui largement majoritaire en Euskadi. Pour l'année scolaire 2024-2025, l'EUSTAT comptabilise 258 056 élèves dans ce modèle, contre 60 281 dans le modèle A et 57 293 dans le modèle B. Mais le modèle scolaire ne correspond pas nécessairement à la langue maternelle de l'élève. Une grande partie des élèves scolarisés en euskara ont le castillan comme langue familiale. Cette distinction est importante pour interpréter PISA 2025. Des analyses des microdonnées montrent que, parmi les élèves ayant le castillan comme langue parlée à la maison, ceux qui ont passé l'épreuve en euskara ont obtenu des résultats bruts nettement inférieurs à ceux qui l'ont passée en castillan : 74 points de moins en lecture, 50 en sciences et 17 en mathématiques. Ces écarts bruts ne peuvent toutefois pas être attribués directement à la langue de l'épreuve, car les profils scolaires et sociaux des deux groupes diffèrent. Lorsque l'analyse compare des élèves du même établissement et tient compte notamment du niveau socio-économique et de l'immigration, l'écart disparaît en mathématiques et en sciences. En lecture, en revanche, une différence d'environ 39 points subsiste dans cette analyse. Cela constitue un signal qui mérite d'être étudié, mais pas une démonstration que l'enseignement en euskara serait en lui-même responsable du recul général des résultats. Il faut également noter que les élèves du modèle D peuvent passer PISA en castillan lorsque cette langue est considérée comme susceptible de leur permettre de mieux réussir l'épreuve. La langue de scolarisation, la langue familiale et la langue du test ne se confondent donc pas nécessairement.


Les autres évaluations donnent une image plus nuancée


  Les résultats de PISA ne suffisent pas à eux seuls à décrire l'ensemble du système éducatif basque. L'Évaluation Diagnostique 2026, réalisée sur des élèves plus jeunes et à un autre moment de leur scolarité, montre par exemple une progression de l'euskara en 6e primaire et une stabilité en 4e ESO, tandis que certaines compétences en castillan et en sciences progressent également. Il est donc plus exact de parler d'un fort décrochage des résultats PISA chez les élèves de 15 ans, particulièrement en compréhension écrite, plutôt que d'affirmer que l'ensemble des élèves scolarisés en basque auraient soudainement un niveau inférieur, tranchant avec les bons résultats passés.


Un système qui doit désormais expliquer l'écart entre ses ambitions et ses résultats


  Le cas basque est d'autant plus intéressant que le système dispose d'un niveau élevé de scolarisation en euskara, d'un important investissement public et d'une volonté ancienne de développer le bilinguisme. La question posée par PISA 2025 n'est donc pas simplement celle du choix entre basque et espagnol. Elle est plus large : comment garantir simultanément une maîtrise solide de l'euskara, du castillan, des mathématiques, des sciences et de la compréhension écrite, pour des élèves dont les langues familiales et les parcours sociaux sont de plus en plus diversifiés ? C'est précisément vers cette question que s'oriente désormais le Gouvernement basque : renforcement de la compréhension écrite, réexamen des projets linguistiques des établissements et analyse de l'utilisation pédagogique du numérique.


Conclusion : le défi linguistique du modèle immersif


  La transformation du profil linguistique et démographique des élèves met le modèle d'enseignement en euskara à rude épreuve. Il a longtemps coexisté avec de bons résultats scolaires. L'enjeu actuel n'est donc pas de remettre en cause le principe de l'enseignement bilingue ou multilingue, mais de mesurer les effets de l'évolution du profil des élèves, notamment lorsque des enfants arrivant dans le système ne maîtrisent ni l'euskara ni parfois suffisamment le castillan pour suivre immédiatement les apprentissages. Cette évolution peut poser des difficultés particulières dans les établissements connaissant une forte mobilité des populations. Le plurilinguisme, avec l'apprentissage précoce d'une langue étrangère comme l'anglais, constitue plus qu'une richesse éducative et culturelle, le développement de la conscience métalinguistique et des compétences liées à la gestion de plusieurs langues, mais aussi des outils de développement cognitif en tous les domaines, notamment en sciences dures. 

  En revanche, le modèle basque se révèle être un redoutable outil d'intégration. Il permet à des élèves d'origines linguistiques et culturelles diverses d'acquérir une langue commune de scolarisation et de s'inscrire dans la société basque, tout en maintenant l'objectif d'un plurilinguisme associant euskara, castillan et autres langues (surtout l'anglais). Même si cela peut paraître évident pour les défenseurs des langues vernaculaires face à certains discours d'hégémonie linguistique étatique, l'enjeu n'est donc pas la légitimité de l'enseignement en langue du pays, mais les conditions nécessaires à sa réussite lorsque le profil linguistique et social des élèves évolue rapidement.



Sources

  • OCDE / INEE, PISA 2025, résultats publiés le 8 septembre 2026.
  • Europa Press, « Euskadi, a la cola en Lectura en el informe Pisa, solo por delante de Ceuta y Melilla », 8 septembre 2026.
  • Cadena SER – Radio Bilbao, « El informe PISA sitúa a Euskadi solo por delante de Ceuta y Melilla en comprensión lectora », 8 septembre 2026.
  • Ignacio Zafra, El País, « Caídas educativas salvajes de la Comunidad Valenciana y el País Vasco en el Informe PISA… », 8 septembre 2026.
  • EUSTAT, Alumnado matriculado en Enseñanzas de Régimen General no universitarias… según modelo lingüístico, 2024/25, mise à jour du 30 mars 2026.
  • Gobierno Vasco, Resultados de la Evaluación Diagnóstica 2026, 3 septembre 2026.


Commentaires
* L'e-mail ne sera pas publié sur le site web.