Kendal Breizh : Olier, j’ai des choses à te dire encore, merde !


18 Feb
18Feb


Une véritable douche froide ce matin, un simple sms de l’un de tes camarades de longue date m’avertit de ta mort lors de sanglants assauts turcs. Je n’y croyais pas, je n’ai pas voulu y croire.


Je dois dire aussi avoir eu au départ des difficultés à comprendre l’engagement de militants bretons auprès des forces kurdes. Rien à redire sur la fraternité bretonne envers le peuple kurde, qui se bat pour la même Liberté que la nôtre, les mêmes droits d’exister en tant que peuple au destin commun, etc… mais je ne voyais pas bien le lien entre « l’antifascisme » à la mode européenne et la lutte contre l’islamisme de Daesh ou encore le totalitarisme politico-religieux de la Turquie. Et puis, il y a tellement à faire ici, tu sais de quoi on parle. Quand j’ai appris les responsabilités que tu avais prises ces dernières semaines, j’ai comme d’autres été bluffé par ton courage. L’un de tes anciens compagnons de lutte des années 90 – début 2000 m’a dit : « je ne suis pas surpris, Olier est un romantique, il va jusqu’au bout de sa logique ». Et de nous rappeler les bons moments : l’occupation du belvédère à Carnac pendant 41 jours, les manifestations lors desquelles tu avais accompagné deux membres de l’association Bemdez à l’hôpital ; la complicité avec notre ami Serge que tu as désormais rejoint ; certaines discussions lors desquelles nous n’étions pas toujours en accord ; les stands pour Skoazell Vreizh que tu rejoignais jusqu’à pas d’heure ; les mobilisations diverses pour nos droits les plus légitimes et les rencontres sur « le terrain des Huch de Persquen » comme disaient ici les Vannetais… où « Les Forces Vannetaises Libres », un surnom qui te faisait beaucoup rire... Là-bas, tu contribuais à éduquer le fils d’un prisonnier politique breton embastillé à Paris. Je me souviens aussi de moments « plus culturels » comme les stages de breton du Palais des Arts de Vannes… Puis nous nous étions perdus de vue. Il est vrai, nos divergences de vue dans la forme ont fait de moi un individu moins fréquentable aux yeux de beaucoup. Pourtant, je suis persuadé que nous pensons à 90 % pareillement.


Nous nous sommes revus à plusieurs reprises, toi en journaliste, moi en candidat aux élections. Nous avions un peu grandi… Toi, très professionnel et avec une diction parfaite, moi pour affronter tes questions en studio ou au téléphone. Ô combien j’étais heureux quand tu m’as permis d’affirmer mon indépendantisme sur Radio Bro Gwened ou Radio France Armorique à différentes reprises. J’ai au moins eu le temps de te féliciter pour ton grand professionnalisme, le choix et la qualité de présentation des sujets que tu choisissais. La dernière image que j’ai de toi est devant la préfecture de Vannes, où tu allais faire une interview. Cette image d’un individu posé mais déterminé me restera en tête pour toujours. Alors, certes, je ne suis peut-être pas le mieux placé pour te rendre un hommage car nous nous étions un peu éloignés sur le terrain purement militant. Pourtant, je ne pouvais rester muet quant à ta fin tragique en ce bas monde. Quelle tristesse et quel panache à la fois. Je voulais te le dire.


Les totalitaristes turcs sont partout, et oui ! Leur attitude s’apparente bien à celles des dictatures que nous avons connues lors des plus sombres heures de l’Histoire. Nous avions eu l’occasion d’en parler. A mes vingt ans, j’avais été agressé un premier de l’an par une quarantaine de Turcs à la sortie d’un concert, j’avais fini debout, seul, sous les coups et ne m’en étais pas mal tiré. Un gars qui passait par là au mauvais moment était à terre, ses lunettes brisées dans les yeux… je n’avais pu rien faire. C’était à l’endroit où je t’ai vu pour la dernière fois… comme quoi le temps semble nous envoyer des signaux. Mon seul tort ce soir-là était de porter un discret triskell qu’ils considéraient comme fasciste. Un signal fort pour comprendre les motivations réelles d’une partie de la jeunesse turque en exil ! Quelques années plus tard, et nous avions eu encore l’occasion de l’évoquer, j’étais invité à la mosquée turque de Vannes. Celle de l’« Association des Turcs de l’Ouest »… comme quoi la Bretagne, ils s’en contrebalancent littéralement puisqu’ils sont aussi « Ouestins ». Convié pendant 3 années consécutives, j’y suis allé par deux fois. Et, la seconde fois encore plus dégoûté que la première… Sur le papier, il s’agissait d’une cérémonie ouverte aux associations et aux élus ; en vérité, ce n’était qu’un meeting ultra-nationaliste et anti-kurde ; avec l’assentiment des élus de la majorité vannetaise présents. En marge, on pouvait apprendre dans les discussions que « les Kurdes mangeaient leurs enfants » et autres propos des plus vils que l’on peut entendre chez tout Etat colonial ou impérialiste. En 2014, lors du premier tour des élections municipales, des Turcs ont crevé les pneus de ma voiture devant témoins alors que je visitais le bureau de vote de la mairie. La liste dissidente du PS de Vannes avait décidé de représenter la communauté turque de Vannes ; une liste sur laquelle on pouvait hélas trouver des « militants bretons » vendus aux partis français. Tu sais, c’est parce que je n’ai de ressentiment contre personne que ton engagement contre un totalitarisme hégémonique m’apparaît clairement. D’ailleurs, il ressemble tellement dans sa structure à celui de… la France. 


Merci à toi, Olier ; un sincère salut à tes camarades de l’YPG, à ceux de Bretagne, ainsi qu’à tes proches. Je me joins à leur peine.


Ton combat doit désormais éveiller la lucidité en chacun. 


Kenavo Olier. 


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