Il y a plusieurs mois, une personne âgée originaire de Saint-Avé me disait que, même en été, il y avait toujours un bon débit dans la rivière de Kerozer, à Saint-Avé. Certes, il y a eu des périodes de sécheresse ces dernières années, mais cela n'expliquait pas, selon elle, ces alternances entre des débits très faibles, voire nuls, et des crues.
Parallèlement, des Vannetais témoignaient déjà, il y a plus de vingt ans, que, dans leur enfance, le niveau d'eau des lavoirs devant les remparts était bien plus élevé l'été et, inversement, que le débit était rarement aussi fort l'hiver.
Explications :
J'ai symbolisé, sur les deux extraits de carte IGN, par des traits rouges par un pointillé diffus, les pentes du bassin versant de Kerozer et de celui de Beau-Soleil. Dans les deux cas, le réservoir d'eau de ces bassins versants a été profondément altéré par de très nombreux terrassements et arasements de relief, retirant des quantités considérables de matériaux d'un système façonné durant des millénaires par l'infiltration, le stockage et la restitution des eaux souterraines.
Kerozer et Beau-Soleil abritent deux des sources qui alimentent la Marle, la rivière des remparts.
Or, on le constate à Kerozer comme à Beau-Soleil : les constructions sont implantées aussi bien dans les zones d'entrée des eaux pluviales, sur des hauteurs déjà réduites par des terrassements et des excavations liés aux fondations des bâtiments, que dans le fond des bassins versants, où elles entravent la circulation naturelle de l'eau, souvent pendant de longs mois.
Tout cela a altéré irréversiblement les réserves en eau, le système hydrique, ainsi qu'une grande partie de la richesse de la faune et de la flore qui en dépend.
Sans régulation, les rivières se tarissent en été et, en hiver, les eaux s'écoulent immédiatement, sans filtration, emportant avec elles les pollutions qui finissent dans le golfe du Morbihan.
Enfin, le nouveau projet immobilier de Kerozer, pour lequel la municipalité a récemment fait démolir de belles longères patrimoniales, s'inscrit dans cette dynamique destructrice. Les fondations des immeubles, dont l'esthétique est par ailleurs contestable, seront implantées à proximité immédiate de la source de Kerozer, portant ainsi le coup de grâce à la rivière.
Durant les mandats d'Hervé Pellois, puis d'Anne Gallo-Kerleau, une catastrophe écologique s'est installée au cœur du PNR dans une indifférence quasi générale, même les associations et élus écologistes sont muets. Ses conséquences sont déjà bien visibles : inondations en centre-ville de Vannes, multiplication des ouvrages de rétention artificielle de l'eau et dépenses considérables supportées par les contribuables vannetais.
L'obsession des élus est d'accueillir toujours plus de population, tout en chassant les actifs, alors que la question devrait être de savoir comment ne plus en accueillir sur un territoire fragile et saturé, rongé par la spéculation immobilière. La croissance infinie dans un monde fini est mathématiquement impossible. Vouloir forcer cette logique contre nature revient à se tirer une balle dans le pied.

