11 Mar
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C’est la suite d’une longue série. Cette fois, ce sont les habitants de la rue du Colonel-Pobéguin qui vont être délogés sans ménagement par le bailleur social Morbihan Habitat. Morbihan Habitat dépend d’un syndicat public piloté par les collectivités locales – dont l’agglomération présidée par David Robo – tandis que ses opérations immobilières sont financées avec l’appui d’institutions financières, notamment la banque Crédit Agricole.

À Vannes et dans plusieurs communes de son agglomération, la question du logement devient de plus en plus sensible. Démolitions d’anciennes cités HLM, opérations immobilières et relogements hors du centre interrogent certains habitants : assiste-t-on à une disparition progressive du logement social dans les secteurs les plus attractifs de la ville ?


Des cités HLM rasées dans les zones les plus recherchées : « chassez-moi ses gueux que nous ne saurions voir ! »


Plusieurs ensembles de logements sociaux ont disparu ou sont en cours de démolition ces dernières années : la cité Le Brix, le square du Morbihan, la résidence Les Korrigans… D’autres logements sociaux situés dans des secteurs particulièrement recherchés, notamment vers Conleau, ont également été démolis.

Ces terrains possèdent aujourd’hui une valeur immobilière très élevée, notamment en raison de leur proximité avec le golfe du Morbihan. Les programmes immobiliers qui remplacent ces cités comporteraient une proportion bien plus faible de logements sociaux, autour de 15 % à 30 %, alors que les quartiers précédents en comptaient 100 %. Autrement dit, des secteurs autrefois accessibles à des ménages modestes deviennent progressivement des quartiers majoritairement réservés à l’accession privée.


Une population active prise en étau


Cette évolution frappe particulièrement la population active locale. De nombreux salariés se retrouvent aujourd’hui coincés entre deux réalités :

  • un accès à la propriété devenu largement inabordable dans le pays vannetais, où les prix de l’immobilier ont fortement augmenté ;
  • une offre de logements sociaux difficilement accessible, en raison du nombre limité de logements disponibles et des délais d’attente.

Pour nombre d’habitants qui travaillent dans l’agglomération, la question du logement devient ainsi un obstacle majeur pour continuer à vivre près de leur lieu d’emploi. Soyons clairs, c’est le résultat des orientations des élus.


La pression sur le logement social dans l’agglomération vannetaise

Quelques chiffres permettent de mesurer la tension actuelle sur le logement :

  • 6 308 demandes de logements sociaux recensées dans l’agglomération au 1er janvier 2024 ;
  • 3 614 demandeurs concernent la ville de Vannes, soit 57 % de la demande totale ;
  • En 2023, on comptait environ 6 demandes pour 1 attribution de logement social ;
  • La demande de logement social a augmenté de 31 % entre 2018 et 2023.

Ces chiffres montrent une tension structurelle : le nombre de logements disponibles ne suit plus la demande.

Conséquence directe : une partie des habitants se retrouve coincée entre deux marchés devenus inaccessibles :

  • le marché privé, où l’accès à la propriété et aux loyers devient trop coûteux ;
  • le parc social, saturé par des listes d’attente très longues.

Un déplacement progressif vers la périphérie


Les locataires concernés par les démolitions ne sont pas toujours expulsés immédiatement, mais ils sont souvent relogés ailleurs dans l’agglomération, parfois hors de la ville. Les solutions proposées se situent fréquemment dans les communes situées autour de Vannes, et parfois loin. Cette redistribution territoriale du logement social pose une question simple : les habitants modestes sont-ils progressivement repoussés hors du centre urbain ?

Grand-Champ, par exemple, connaît depuis plusieurs années une urbanisation rapide liée à l’arrivée de nouveaux habitants. Cette commune porte également l’héritage d’une situation financière marquée par les emprunts toxiques contractés dans les années 2000. Un prêt structuré souscrit en 2007, indexé sur le franc suisse, pouvait entraîner des taux dépassant 20 %, ce qui a lourdement pesé sur les finances communales pendant de nombreuses années. La dette a finalement dû être restructurée sur plusieurs décennies pour sortir de ce mécanisme et la spéculation immobilière est une aubaine pour servir ces petites combines entre élus de l’agglomération, promoteurs et remboursement. Dans ce contexte, de nouvelles zones d’habitat continuent de se développer autour de la commune, contribuant à l’étalement urbain au nord de l’agglomération vannetaise.


Un territoire fragile face à une croissance sans limite


Au-delà du logement social, ces transformations interrogent le modèle de développement du territoire. Le pays de Vannes est un territoire géographiquement limité, entre le golfe du Morbihan, des espaces naturels protégés et des terres agricoles déjà sous pression.

Dans un espace aussi fragile, une croissance démographique continue ne peut pas se poursuivre indéfiniment sans provoquer de fortes tensions : pression foncière, artificialisation des sols, disparition d’espaces naturels, saturation des infrastructures. Les conséquences écologiques commencent déjà à apparaître sur le littoral et dans l’arrière-pays : urbanisation accélérée, fragmentation des milieux naturels, pression sur les ressources, notamment en eau potable, et les mobilités.

Dans ce contexte, pour préserver l’équilibre écologique du territoire, garantir un accès au logement pour les actifs qui travaillent localement, éviter que l’accès à la ville ne devienne impossible pour une partie croissante de la population, il faudra admettre que la croissance à l’infini dans un milieu clos et fragile est mathématiquement impossible, à moins de vouloir s’auto-détruire.

Car derrière la question des démolitions et des relogements, c’est finalement une interrogation plus large qui se pose : qui pourra encore vivre et travailler à Vannes dans les années à venir ?



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