Missiriac. Pourquoi le transporteur n’a pas voulu appeler les secours ?


24 Jan
24Jan

24/01/2018

Il s’agit de l’interrogation d’une mère de famille dans la presse quotidienne suite à l’accident d’autocar survenu à Missiriac. Il n’y a fort heureusement aucune victime à déplorer parmi les 51 enfants qu’il transportait, si ce n’est quelques égratignures lors de l’évacuation. Toutefois, cela peut en effet être aberrant que le transporteur ait préféré aider lui-même les enfants que de prévenir les secours et les autorités. Chaque élève a ensuite rejoint son établissement scolaire respectif sans que les directions des écoles et les familles ne soient prévenues et sans qu’aucune prise en charge des élèves ne soit effectuée.


 

Parents, soyez indulgents, nous sommes aussi responsables.


 

Les compagnies locales :


Il ne s’agit pas d’excuser qui que ce soit mais de prendre en compte tous les paramètres. La question de la sécurité pour nos petites et moyennes entreprises est autant ou plus respectée que dans les grandes compagnies. J’en veux pour preuve les risques pris par les grandes compagnies de transports lors de déplacements de groupes d’enfants. Je me base sur mon expérience en tant que professionnel accompagnant des groupes d’enfants depuis plusieurs années. J’ai vu le pire : des chauffeurs ne pouvant se faire comprendre, des conduites dangereuses à l’extrême, des conducteurs se perdant en agglomération car nouvellement arrivés… Je retiendrai particulièrement ce jour où un conducteur d’autocar d’une compagnie de transports filiale d’un groupe international avait effectué un dépassement périlleux sur la voie express avant de rabattre le car de la file de gauche à la voie de sortie, en coupant la route aux véhicules et en manquant de percuter la glissière de sécurité. D’origine turque, il nous avait fait l’honneur d’apprendre quelques mots de breton pour communiquer, il ne parlait pas français. Le point commun entre tous ces conducteurs est de toute évidence la précarité des contrats et des salaires. Inutile de préciser que c’est à ce titre que ces sociétés sont « compétitives ».


Les autocaristes locaux, les derniers ayant survécu à la concurrence des transporteurs affiliés à des firmes internationales, sont tenus de respecter à la lettre les règlements sans quoi aucun contrat ne sera décroché auprès des collectivités locales. On se souviendra de l’affaire opposant François Goulard, président du Conseil Départemental du Morbihan, aux salariés de la société Le Divenah qui n’avait pas été retenue dans le cadre de l’appel d’offres lancé pour une délégation de service public. Keolis avait remporté la mise par des tarifs défiant toute concurrence. Il n’y a qu’à se rendre au point de rencontre d’une sortie scolaire impliquant plusieurs écoles pour constater l’uniformité des cars stationnés : il y a vingt ans, on pouvait voir autant de compagnies que d’écoles. Désormais, une rangée de bus blancs Transdev (40 % Veolia – 60 % Caisse des dépôts), tous semblables, attend les enfants.


Les compagnies locales sont pourtant très disponibles, rendent de nombreux « services humains » mais elles croulent sous les responsabilités, les charges sociales, patronales et salariales, les taxes… Un seul incident peut donc les faire couler. La réaction peu rationnelle de ce patron d’entreprise est effectivement liée à tout cela et n’était pas pour autant dénuée de tout pragmatisme, dans l’absolu.


En effet, confronté tôt le matin, à 7 h. 30, au dilemme de laisser partir des enfants apparemment indemnes, sans que les familles ne soit plus inquiétées sur le moment, ou de voir son entreprise sombrer avec ses salariés à la rue. Le patron a tranché dans le vif, en oubliant que la réalité médiatique l’aurait très vite rattrapée. Il est certain que les compagnies affiliées à des multinationales ne s’encombreraient pas de tant de préoccupations.


La baisse des dotations et la dégradation des services :


La baisse des dotations, qui doit-on le rappeler est la confiscation par l’Etat parisien de la plus grande partie de nos richesses, génère une concurrence dans laquelle la qualité est sacrifiée sur l’autel de la course aux plus bas coûts. On peut dire qu’en termes de sécurité, la mésaventure de cette PME est plutôt injuste face aux grandes sociétés qui cassent les prix, la sécurité et la qualification des chauffeurs.


Pour autant, elle n’est pas le fruit du hasard lorsque l’état de nos routes se dégrade pour les mêmes raisons, la ruine des territoires par la France centraliste. Nous investissons des millions d’euros dans des transports parisiens qui ne nous serviront pas au détriment de nos routes et de nos moyens de transport. L’entretien du bas-côté de cette route semblait laisser à désirer. N’est-ce pas la raison pour laquelle le chauffeur a dévié sa course ? Les photos montrent un profond fossé, un talus et l’accotement meuble et herbu d’une voie relativement étroite.



Le patron de l’entreprise se serait soustrait de ses responsabilités ? Ce n’est pas le seul. A nous de voir si l’on veut laisser la place à des multinationales ; à la dégradation des services, de l’emploi (donc de l’avenir des enfants) et de la sécurité parce que cette fois l’erreur serait celle d’une PME. A nous de réfléchir aussi si l’état de nos routes n’est pas le résultat de notre manque de combativité face au racket de l’état français. Nous ne pouvons nous dédouaner non plus.


Il y a 50 ans, les familles et les élus auraient salué la spontanéité du chef d’entreprise et du chauffeur.

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